romanesque


romanesque

romanesque [ rɔmanɛsk ] adj. et n. m.
• 1628; h. XVIe; de 1. roman, d'apr. it. romanesco
1Qui offre les caractères du roman traditionnel : poésie sentimentale, aventures extraordinaires. Aventures romanesques. Une passion romanesque. « Il y a je ne sais quoi de romanesque dans cette entreprise, qui sied aux âmes exaltées » (Balzac).
Qui contient ou qui forme des idées, des images, des rêveries dignes des romans. Une imagination romanesque. Une personne romanesque. rêveur, sentimental. « Très romanesque, romanesque à l'allemande, c'est-à-dire au suprême degré, négligeant tout à fait la réalité pour courir après des chimères de perfection » (Stendhal).
N. m. Le romanesque, le caractère romanesque d'une chose, d'une personne. Le romanesque d'une situation, d'un comportement. Aimer le romanesque.
2(1690) Littér. Qui a les caractères littéraires du roman; propre au roman. « de ces récits romanesques, il n'en faut croire que la moitié tout au plus » (Mérimée). « la technique romanesque » (Sartre).
⊗ CONTR. Banal, 1. plat, prosaïque, réaliste.

romanesque adjectif Qui se rapporte au genre du roman ou en a les caractères : L'œuvre romanesque d'un écrivain. Qui rappelle l'aspect sentimental, aventureux ou merveilleux des situations de certains romans : Des aventures romanesques. Chez qui prédominent le sentiment, l'imagination, la rêverie : Avoir une imagination romanesque.romanesque (synonymes) adjectif Qui rappelle l'aspect sentimental, aventureux ou merveilleux des situations de...
Synonymes :
Contraires :
- prosaïque
- réaliste
Chez qui prédominent le sentiment, l'imagination, la rêverie
Synonymes :
- chimérique
- exalté
- rêveur
romanesque nom masculin Ce qui est propre au genre du roman, de la fiction littéraire. Ce qui est sentimental ou merveilleux : Le romanesque d'une situation.romanesque (citations) nom masculin Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 On serait à jamais guéri du romanesque si l'on voulait, pour penser à celle qu'on aime, tâcher d'être celui qu'on sera quand on ne l'aimera plus. À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe Gallimard

romanesque
adj. et n. m.
d1./d Qui tient du roman; merveilleux comme les aventures racontées dans un roman.
|| n. m. Cela a mis un peu de romanesque dans sa vie.
d2./d (Personnes) Qui a tendance à concevoir la vie comme un roman; imaginatif, rêveur. Une jeune fille romanesque.
d3./d LITTER Qui a rapport au roman; qui est propre au roman. Technique romanesque.

I.
⇒ROMANESQUE1, adj. et subst.
A. — LITTÉRATURE
1. Adjectif
a) Qui est constitué par les romans. Genre, lectures romanesque(s). Que l'on songe (...) aux femmes, si avides de tout ce qui est imaginaire, et le succès de la littérature romanesque sera expliqué (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 60). L'éducation de la paysanne au couvent (...), l'influence romantique, agissant sur elle par les lectures (...), sont les causes (...) de l'avidité sentimentale (...) de la jeune fille. (...) on a pu voir en Mme Bovary le procès de l'éducation romanesque (GAULTIER, Bovarysme, 1902, p. 29).
b) [En parlant d'une œuvre littér. ou de l'un de ses aspects] Qui a la forme d'un roman; qui constitue, caractérise le roman; qui appartient ou se rattache au roman. Comédie, création, fiction, intérêt, invention, œuvre, personnage romanesque. L'idée de Mauriac (...) c'est que la matière romanesque est fournie au romancier (...) par ce qu'il s'est interdit de vivre (...), la création du romancier consistant (...) à donner l'être successivement à toutes les possibilités qu'il porte en lui (DU BOS, Journal, 1925, p. 369):
1. ... on a toujours considéré que le romanesque se séparait de la vie et qu'il l'embellissait en même temps qu'il la trahissait. La façon (...) la plus commune d'envisager l'expression romanesque consiste donc à y voir un exercice d'évasion (...). La gravité indiscutable du monde romanesque, notre obstination à prendre au sérieux (...) les mythes innombrables que nous propose depuis deux siècles le génie romanesque, le goût de l'évasion ne suffit pas à l'expliquer.
CAMUS, Homme rév., 1951, p. 321.
En partic. Roman romanesque. Roman qui utilise les recettes du roman le plus traditionnel et fait appel à l'imagination, au rêve, au sentiment. En Lombardie, (...) la chose est faite dès qu'elle est imaginée (...). Toutes les passions du roman romanesque se promènent étiquetées dans la rue (GIONO, Voy. Ital., 1953, p. 242).
Rare. [En parlant d'une pers.] Qui écrit des romans. Poëtes qui négligèrent de disposer sur un plan moral (...) leur action (...): l'ordre, (...) les unités, leur furent inconnus comme aux écrivains romanesques (MARMONTEL, Essai sur rom., 1799, p. 292).
2. Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ensemble des romans; trait caractéristique du roman. C'étaient les fables de Florian (...) le Télémaque, Robinson (...) le pupille du régiment trouvait dans cette petite bibliothèque de campagne tout le romanesque (...) qu'il était en état de comprendre (A. FRANCE, Vie littér., 1892, p. 280). Thibaudet avait distingué chez quelques auteurs un romanesque de la psychologie plus subtil que celui des péripéties (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 12).
B. — Au fig.
1. a) Adj. [En parlant d'un lieu, d'un aspect de la nature, de l'apparence extérieure d'une pers.] Qui est digne de figurer dans un roman par son caractère pittoresque, singulier, peu banal; qui excite l'imagination. Figure romanesque. De vastes architectures gothiques, de vieilles forêts, de grands étangs solitaires, nourrissoient, par leur aspect romanesque, ces passions que rien ne pouvoit détruire, et qui devenoient des espèces d'enchantement (CHATEAUBR., Génie, t. 2, 1803, p. 485). Elle était jolie, ce soir, et il la trouvait romanesque, dans son tailleur austère (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 17).
b) Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Caractère original, captivant, lyrique de quelque chose. Un romanesque ardent émanait de cette eau Comme au temps de Byron, comme au temps de Rousseau (NOAILLES, Éblouiss., 1907, p. 211). Le romanesque vrai de cette vieille demeure [Mirabeau] est fait des ombres fameuses qui s'y promènent (BARRÈS, Mystère, 1923, p. 135).
2. a) Adj. [En parlant d'un mode de vie, d'une suite d'événements, plus rarement d'une pers.] Qui évoque le roman par ses aventures extraordinaires, ses péripéties nombreuses, ses rebondissements imprévus, sa destinée exceptionnelle. Synon. fabuleux, fantastique, inouï, insolite, merveilleux, prodigieux; anton. banal, ennuyeux, ordinaire, plat, quelconque. Aventures, circonstances, événements, histoire, vie romanesque(s). Tout est vraisemblable, et tout est romanesque dans la révolution de la France (...). Les rencontres les plus extraordinaires, les plus étonnantes circonstances, les plus déplorables situations deviennent des événemens communs, et surpassent ce que les auteurs de roman peuvent imaginer (SÉNAC DE MEILHAN, Émigré, 1797, p. 1549). Le 13 octobre, Murat (...) est conduit dans une salle du château de Pizzo, renouvelant dans sa personne romanesque les aventures brillantes ou tragiques du moyen âge (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 374). V. fou C 1 b ex. de Maurois.
b) Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui sort de l'ordinaire, ce qui jouit d'un prestige particulier. Anton. platitude, quotidien. Tartarin (...) portait en lui l'âme de Don Quichotte, les mêmes élans chevaleresques, le même idéal héroïque, la même folie du romanesque et du grandiose (A. DAUDET, Tartarin de T., 1872, p. 21). Maxime a le romanesque des personnes qui voyagent (...). Maxime a du mystère (COCTEAU, Mach. à écrire, 1941, I, 10, p. 143). V. alentours ex. 6.
3. a) Adjectif
[En parlant d'une pers. ou de son caractère] Qui se complaît dans les sentiments élevés, hors du commun, dans la passion, la poésie; qui se fait de la vie, de la personne aimée une conception idéale, peu en rapport avec la réalité; qui se laisse aller aux caprices de l'imagination, de la rêverie. Synon. chimérique, exalté, idéaliste, imaginatif, passionné, sensible, sentimental; anton. bourgeois, cynique, insensible, matérialiste, raisonnable, réaliste, terre-à-terre. Fille romanesque; caractère, cœur, esprit romanesque; être romanesque. Il faut avoir un mari prosaïque et prendre un amant romanesque (STENDHAL, Amour, 1822, p. 243). V. chérubinisant ex. de Bernanos et coûter B 1 ex. de Goncourt:
2. ... les hommes appellent romanesques ces âmes plus richement douées, qui ne veulent vivre que de ce qui honore la vie, et l'exaltation (...) n'est qu'une révélation faite aux âmes plus distinguées, une étincelle divine qui éclaire ce qui est obscur et caché pour le vulgaire, un sentiment exquis de plus hautes beautés...
KRÜDENER, Valérie, 1803, p. 250.
Rem. Romanesque et romantique sont parfois si proches sémantiquement qu'ils semblent pouvoir être employés l'un pour l'autre indifféremment: La partie romanesque ou romantique d'un caractère comprend les passions véritables, j'entends les rêveries, les joies, les tristesses, les dialogues avec soi, dont la politesse et la pudeur détournent de parler (ALAIN, Beaux-arts, 1920, p. 320).
[En parlant d'un trait du comportement, de l'esprit ou du cœur hum.] Qui relève de la sentimentalité, de la passion, de l'idéalisme, du rêve. Amour, goût(s), idées, imagination, rêves romanesque(s). Il échangeait le désir indéfini d'un bonheur romanesque contre l'orgueil des vrais biens de la vie, l'indépendance et la sécurité (...). La rêverie est plutôt le partage des femmes (STAËL, Corinne, t. 3, 1807, p. 127). Malgré les millions de ton père, tu inspires un sentiment romanesque (...); tu peux être épousée par amour (...) il ne lui déplaisait pas d'inspirer une passion désintéressée (SANDEAU, Sacs, 1851, p. 12). V. grossissant II B ex. de Mirbeau.
b) Subst., parfois péj. Personne exagérément sentimentale, imaginative, idéaliste. Elle se traita de romanesque et de tête folle. Suivre à Paris un garçon de dix-huit ans, qui ne lui parlait même pas de mariage, c'était une aventure insensée (ARLAND, Ordre, 1929, p. 79). Elle est tout bonnement de ces romanesques qui ne s'enflamment que pour un personnage imaginaire. Elle te dira qu'elle m'a aimé d'un amour suprême, seulement cet homme aimé ce n'était pas moi (CHARDONNE, Romanesques, 1937, p. 70).
c) Subst. masc. sing. à valeur de neutre. Amour sentimental, imagination débordante, goût des intrigues, de l'extraordinaire, idéalisme. Synon. exaltation, sentimentalité; anton. bon sens, cynisme, insensibilité, matérialisme, prosaïsme, raison, réalisme. Ma résistance aiguisa sa passion. Ce qu'elle désirait (...) était l'éclat, l'extraordinaire (...). L'atonie (...) dans l'existence de ces femmes (...) les conduit à l'adoration du romanesque et du difficile (BALZAC, Lys, 1836, p. 228). Un commun amour du romanesque, l'idée que la vie n'est pas seulement une lutte assez basse d'intérêts et de besoins, mais qu'on y peut maintenir des amitiés passionnées, des fidélités absurdes et nobles, le goût de la beauté (MAUROIS, Disraëli, 1927, p. 162). V. impétueux ex. 2.
Le romanesque de (+ subst.). Ce qui se distingue par un caractère idéalisé, par des qualités peu courantes. « (...) Le docteur Héquet (...) l'a trouvée si intelligente, si dévouée (...) qu'il s'est épris d'elle. (...) » Elle savourait ingénument le romanesque de cet épisode, où il n'y avait que de nobles sentiments, où triomphait la vertu (MARTIN DU G., Thib., Belle sais., 1923, p. 918).
4. a) Adj. [En parlant de formes d'expr. artist. autres que littér.] Qui évoque le roman par son thème sentimental, son atmosphère propice à la rêverie. Ô ballades incurablement romanesques de Chopin (LAFORGUE, Moral. légend., 1887, p. 75). Ces tableaux [de Maurice Denis] sourds, timides, délicats, romanesques, où l'on voit des jeunes filles rêveuses, en tuniques blanches, se pencher sur des bassins noirs (GILLET, Art fr., 1938, p. 134).
b) Subst. masc. sing. avec valeur de neutre, rare. Esthétique de l'imagination, du rêve. Le chef-d'œuvre de cette poétique spéciale, en ce genre de beauté chimérique et surréaliste, de romanesque à l'état pur, c'est (...) l'adorable tenture de la Dame à la licorne (GILLET, Art fr., 1938, p. 110).
5. Adj. [Avec une nuance plus ou moins péj.]
a) [En parlant d'un récit, d'un document] Qui évoque un roman par son caractère fictif, mensonger, son manque de vérité. Synon. faux, incroyable, inventé, invraisemblable; anton. authentique, exact, incontestable, indéniable, indubitable, véridique, vrai. L'autre carte m'a paru romanesque, (...) malgré sa singularité, (...) les îles Kuriles y sont (...) très-bien placées (Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p. 205). Elle osa en parler à sa tante, qui, gênée, inventa un mensonge (...). La jeune fille l'écoutait, pleine d'étonnement, ne comprenant pas ce raffinement romanesque (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 882).
b) [En parlant d'une opinion, d'une thèse] Qui manque de fondement, de rapport avec la réalité, qui est dénué de preuve. Synon. chimérique, extravagant, fantaisiste, hypothétique, illusoire, imaginaire, imaginé, utopique; anton. assuré, certain, évident, réel. Voilà donc une fleur [une orchidée] qui connaît et exploite les passions des insectes. On ne saurait prétendre que tout ceci n'est qu'interprétations plus ou moins romanesques (MAETERL., Intellig. fleurs, 1907, p. 83). Je vous répète que cette hypothèse est bien romanesque, mais il se rencontre dans la vie des romans réels (BOURGET, Actes suivent, 1926, p. 119).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adj. 1. 1627 « qui est propre au roman en tant que genre littéraire » (Ch. SOREL, Le Berger extravagant, t. 3, p. 187: ie ne parle que de la sottise que vous fistes d'aller accoster un gros rustique en termes Poëtiques et Romanesques); 2. id. « qui évoque les romans et leurs péripéties, les personnages de roman » (ID., ibid., p. 748, Rem. sur le XIVe livre: coustumes romanesques; p. 751: vie Romanesque.). B. Subst. 1. 1689 « ce qui est merveilleux, semblable aux aventures racontées dans un roman » (Mme DE SÉVIGNÉ, lettre 14 janv. ds Corresp., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 473); 2. 1894 « personne romanesque » (E. ROSTAND, Les Romanesques [titre]). Dér. de roman1; suff. -esque.
DÉR. Romanesquement, adv. D'une manière romanesque. a) [Corresp. à supra B 1 a] Synon. de pittoresquement. Ces tours, avec leurs fenêtres romanesquement grillées, où des fronts pensifs se sont appuyés (BARB. D'AUREV., Memor. 3, 1856, p. 77). b) [Corresp. à supra B 2 a] D'une manière qui évoque le roman par son caractère aventureux, insolite. Location d'habits. Cette annonce rend rêveur. L'on songe aux circonstances romanesquement parisiennes pouvant faire louer un habit à un homme qui en est dépourvu (GONCOURT, Journal, 1883, p. 255). c) [Corresp. à supra B 3 a] D'une manière qui dénote la sentimentalité, la passion, l'idéalisme. Elle vous suivra romanesquement au bout du monde, elle se compromettra pour vous garder (BALZAC, Lys, 1836, p. 168). Entre l'adolescent encore fervent (...) et l'adolescent romanesquement imaginatif, un troisième individu naquit et grandit, un sensuel (BOURGET, Disciple, 1889, p. 94). V. chauffe-la-couche ex. 2. d) [Corresp. à supra B 5 b] De manière chimérique, hypothétique, illusoire. On sonna (...). Il supposa un instant, bien romanesquement, que c'était le jeune homme (...) qui revenait (QUENEAU, Pierrot, 1942, p. 107). []. Att. ds Ac. dep. 1798. 1re attest. 1672 (Mme DE SÉVIGNÉ, Lettre 20 avril, ds Corresp. éd. R. Duchêne, t. 1, p. 482); de romanesque1, suff. -ment2.
BBG. — KRAUSS (W.). Zur Bedentungsgeschichte von romanesque im 17. Jahrhundert. Z. fr. Spr. Lit. 1937, t. 61, pp. 297-320. — QUEM. DDL t. 16.
II.
⇒ROMANESQUE2, loc. adv. et subst. fém.
I. — Loc. adv., rare, vx. À la romanesque. À la manière romaine. Baladins extravagamment déguisés à l'antique ou à la romanesque (GAUTIER, Fracasse, 1863, p. 97).
II. — Subst. fém., MUS., vx. Danse originaire d'Italie; air de cette danse. Elle chanta cette brunette, composée sur l'air d'une vieille danse que nos pères appelaient la Romanesque (THEURIET, Mariage Gérard, 1875, p. 79).
Prononc.:[]. Étymol. et Hist. 1. 1478 (doc. mars ds A. LECOY DE LA MARCHE, Le roi René, t. 2, p. 379: manteau et chaperon à la romanesque); 2. 1636 (M. MERSENNE, Harmonie universelle, Traitez de la voix et des chants, L. II, p. 165: Quelques-uns disent qu'elle [la danse appelée Gaillarde] vient de Rome, de là vient qu'ils l'appellent Romanesque). Empr. à l'ital. romanesco, -a « de Rome », aussi subst. fém. romanesca att. comme nom d'un air de danse dep. 1627 (DONI d'apr. DEI). Voir FEW t. 10, p. 458.
STAT.Romanesque1 et 2. Fréq. abs. littér.:1 118. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 1 400, b) 1 278; XXe s.: a) 1 470, b) 1 991.

romanesque [ʀɔmanɛsk] adj. et n. m.
ÉTYM. XVIe, attestation isolée; 1628; de 1. roman; d'après ital. romanesco.
1 Cour. Qui offre les caractères traditionnels et particuliers du roman (1. Roman, II., 3.) : poésie sentimentale, aventures extraordinaires. REM. Le mot a suivi l'évolution du sens de roman (1.) jusqu'au XIXe s.; à l'origine, il concerne les romans de chevalerie (→ 1. Roman, II., 2.) et le roman pastoral. Il signifie d'abord « invraisemblable, fantastique » et s'oppose à « naturel ». — Vie romanesque (→ Aventureux, cit. 3; 1. balle, cit. 6). || Entreprise périlleuse (cit. 2) et romanesque. || Amours, aventures romanesques. || Une passion romanesque.
1 Rien ne séduit plus un jeune homme que de jouer le rôle d'un bon génie auprès d'une femme. Il y a je ne sais quoi de romanesque dans cette entreprise, qui sied aux âmes exaltées.
Balzac, la Bourse, Pl., t. I, p. 354.
2 Les heures de la nuit ont un aspect romanesque. Deux heures de l'après-midi est prosaïque, presque vulgaire; mais deux heures du matin est un aventurier qui s'enfonce dans l'inconnu.
Valery Larbaud, Fermina Marquez, XVIII.
2 Qui contient ou qui forme des idées, des images, des rêveries dignes des romans. || Imagination romanesque (→ Discerner, cit. 6). || Tempérament romanesque (→ Entourer, cit. 6). || Idées romanesques. || Délire romanesque (→ Prendre, cit. 10).Une personne romanesque. Passionné, rêveur, sentimental.
3 Il n'était pas romanesque, et moi je poussais cette faiblesse jusqu'à la folie; l'absence de cette folie le rendait plat à mes yeux. Le romanesque chez moi s'étendait à l'amour, à la bravoure, à tout.
Stendhal, Vie de Henry Brulard, p. 47.
4 — Très romanesque, romanesque à l'allemande, c'est-à-dire au suprême degré, négligeant tout à fait la réalité pour courir après des chimères de perfection.
Stendhal, Romans et nouvelles, « Le rose et le vert », VIII.
4.1 Du moment qu'il aime, l'homme le plus sage ne voit plus aucun objet tel qu'il est (…) Les craintes et les espoirs prennent à l'instant quelque chose de romanesque (de wayward). Il n'attribue plus rien au hasard; il perd le sentiment de la probabilité; une chose imaginée est une chose existante pour l'effet sur son bonheur.
Stendhal, De l'amour, 1822, p. 55.
5 — Vous êtes romanesque, ma tante. — C'est de mon âge, ma nièce. Les femmes le sont deux fois : à seize ans pour elles, et à soixante ans pour les autres.
Éd. Pailleron, le Monde où l'on s'ennuie, I, 7.
N. (1894, Edmond Rostand, les Romanesques). Personne romanesque (→ Juger, cit. 23). || C'est un grand romanesque.
5.1 Va toujours, petite romanesque, ça ne coûte rien d'espérer.
Colette, Claudine à l'école, 1900, p. 257.
6 Ses parents, croyant leur fille romanesque, et que les romanesques sont pareils aux fous qu'il ne faut pas contredire, la laissaient seule.
R. Radiguet, le Diable au corps, p. 152.
N. m. (1689). || Le romanesque : le caractère romanesque d'une chose, d'une personne (→ ci-dessus cit. 3, Stendhal).
6.1 (Le) génie (de Rabelais) n'annonce point le romanesque. Ce mot, qui s'applique à la fois au domaine du merveilleux et à celui des sentiments, porte à confusion. Car le second, en littérature, est né dans le premier.
Malraux, l'Homme précaire et la Littérature, p. 94.
3 (1690). Littér. D'un récit, d'un texte. Qui a les caractères littéraires du roman. || Récit romanesque. || Réalité romanesque ou réalité épique (cit. 4) d'un personnage.
7 (…) de ces récits romanesques, il n'en faut croire que la moitié tout au plus.
Mérimée, Compte rendu sur les mémoires de Villebois, in Hist. du règne de Pierre le Grand, Appendice, p. 308.
N. m. (1683). || Le romanesque.
8 De sorte qu'enfin le théâtre ne se trouve rien tant éviter que le théâtral, le roman le romanesque, la poésie le poétique.
J. Paulhan, les Fleurs de Tarbes, p. 31.
4 Propre au roman; du roman (du point de vue de la technique littéraire). || L'expression (cit. 21), la création romanesque.
9 (…) il nous fallait (…) faire passer la technique romanesque de la mécanique newtonienne à la relativité généralisée, peupler nos livres de consciences à demi lucides et à demi obscures, dont nous considérerions peut-être les unes ou les autres avec plus de sympathie, mais dont aucune n'aurait sur l'événement ni sur soi de point de vue privilégié (…)
Sartre, Situations II, p. 253.
10 La création romanesque naît de l'intervalle que nous avons vu séparer le roman de l'histoire qu'il raconte — mais dont nous n'avons pas vu que s'y déroule le dialogue de l'auteur avec son imagination au moyen de l'écriture; repentirs, adjonctions, liberté que ne limitent nul interprète, nulle narration orale, nulle mémoire, mais seulement la navette entre auteur et personnages, la marge où ceux-ci prolifèrent, inséparable de la conscience qu'a le romancier de ne s'adresser ni à un interlocuteur ni à un spectateur, mais à un lecteur.
Malraux, l'Homme précaire et la Littérature, p. 180-181.
CONTR. Banal, commun, plat, prosaïque, réaliste. — Naturel, simple.
DÉR. Romanesquement.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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